1 homme, 1 idée, 1 territoire : ce modèle industriel a-t-il encore du sens ?

Réindustrialiser le pays. Oui mais selon quel modèle ? A travers le concept "d'hyper-manufacturing", il est possible d'envisager une réindustrialisation agile, innovante et connectée à ses écosystèmes territoriaux.

Polluante, disgracieuse, dangereuse pour la sécurité : l’usine ne fait plus rêver. Et pourtant, l’économie française souffre de la désindustrialisation.

Il ne faut pas moins d’usines, mais plus d’usines autrement : plus ouvertes, plus inclusives, plus connectées et plus agiles.

Un système est capable d’assurer toutes ces mutations et de faire fonctionner l’usine du futur de façon cohérente : l’hyper-manufacturing. C’est la thèse que défend Michaël Valentin dans son dernier ouvrage Hyper-manufacturing : l’après Lean (Dunod).

La 4e révolution industrielle, facteur de renouvellement du modèle industriel

1 homme, 1 idée, 1 territoire : voici le triptyque gagnant des débuts du monde industriel. Michelin à Clermont-Ferrand, Peugeot à Sochaux, Andros à Brive-la-Gaillarde, Maroquinerie Thomas à Semur.

Les exemples d’entreprises centenaires ne manquent pas en France. Et ces pépites qui font encore la fierté du pays sont profondément ancrées dans un territoire qu’elles irriguent par leur capacité à se renouveler en permanence. Pour servir des marchés, eux, toujours plus vastes, partout dans le monde.

Mais au-delà de ces réussites, ce modèle a-t-il aujourd’hui encore du sens ?

  • Un homme ? Au 21e siècle, les hommes ne sont plus les seuls à entreprendre. De plus en plus de femmes sont ainsi à la tête d’entreprises et nous devons souhaiter, à minima, une représentation équilibrée des genres aux fonctions exécutives.
  • Une idée ? Avec le digital et le principe du test and learn, c’est rarement l’idée elle-même qui est importante, mais plutôt la façon de la mettre en œuvre et d’apprendre en continu.
  • Un territoire ? La crise du Covid-19 a renforcé un mouvement déjà bien amorcé : la liquidité du travail. Le confinement a démocratisé le télétravail et nous a démontré que l’éloignement n’était pas un obstacle au travail d’équipe. Les tâches peuvent se faire à distance, de façon flexible et en allant chercher les compétences là où elles se trouvent, et non l’inverse.

L’usine romantique l’est-elle vraiment ? L’imaginaire collectif de la cité autour de l’usine du contremaître n’a pas fait que du bien à l’image de l’industrie. Au-delà des préoccupations purement esthétiques, les inquiétudes portent sur la pollution, la sécurité des sites et le risque d’explosion, récemment mis en évidence par la catastrophe de Lubrizol. Face à ce désenchantement général, l’usine a-t-elle sa place dans la cité ?

En réalité, la réponse n’est pas « moins d’usines », mais « plus d’usines autrement ».

Aujourd’hui, nous nous apercevons que nous avons trop désindustrialisé. La crise sanitaire que nous avons vécue a remis en lumière ce constat. Mais nous le savions déjà. Gilets jaunes, crise écologique, demande d’éthique : le système ne pouvait plus durer.

Le constat partagé : l’industrie doit changer

C’est surtout aux interfaces que l’industrie doit changer : l’usine a longtemps été un espace à la fois très fermé et hyper ouvert par ses flux sur le reste du monde. Il est temps de l’ouvrir complètement.

Tesla a réussi le pari du décloisonnement de son industrie, et l’a ouvert sur l’extérieur avec succès comme l’illustre sa capitalisation boursière aujourd’hui bien supérieure à celle de ses concurrents du secteur automobile.

La Silicon Valley aux États-Unis et Shenzhen en Chine, sont des exemples d’écosystèmes dynamiques qui hybrident digital et manufacturing.

En Europe, la Suisse s’est déjà engagée dans cette voie et la France n’est pas en reste. Sur le territoire, ce sont ainsi différentes initiatives qui prennent forme. À Lyon, la création de l’équipementier Symbio, une joint-venture entre Michelin et Faurecia, se destine à la production de kits de piles à hydrogène pour les véhicules électriques. Dans le Grand Est, un Business Act est en cours de réalisation pour favoriser la reprise du secteur industriel.

Bâtiment as a service, mode réseau généralisé avec l’impression 3D sont les jalons de ces transformations déjà entamées par des entreprises telles qu’Adidas ou Salomon. Ces évolutions posent la question de l’avenir de l’espace et de l’empreinte industrielle : deviendront-ils liquides ?

Un système est capable d’assurer toutes ces mutations et de faire fonctionner l’usine du futur de façon cohérente : l’hyper-manufacturing. C’est le modèle qui a fait la réussite d’Elon Musk et de son entreprise Tesla et qui fait désormais des émules dans de nombreuses entreprises françaises : Michelin, Airbus ou encore Somfy et Essilor.

La digitalisation de l’usine : un pilier au cœur du modèle de l’hyper-manufacturing

L’hyper-manufacturing, version 4.0 du lean manufacturing modèle d’organisation industrielle provenant de Toyota, va au-delà du manufacturing classique. Dans l’hyper-manufacturing, les fonctions des entreprises s’hybrident entre elles et permettent de se rapprocher du marché et de produire des biens de plus en plus créateurs de services et d’usages innovants.

Les startups et plateformes digitales offrent la possibilité de créer des écosystèmes agiles favorisant le déploiement de l’hyper-manufacturing. L’apport du digital dans le système hyper-manufacturing crée de nombreux bénéfices pour les entreprises. L’un d’entre eux concerne le suivi de bout en bout de la chaîne de production. Cela assure une traçabilité complète du produit et répond aux exigences actuelles des consommateurs et consommatrices en termes d’éthique, de respect de l’environnement et de qualité.

L’hyper-manufacturing accorde également une nouvelle capacité d’adaptation à la demande grâce aux modèles prédictifs : les flux et l’usine s’ajustent en temps réels au marché. Avec à la clé un paysage industriel complètement renouvelé pour mieux se mettre au service de la société et de la planète.

1 femme, 1 méthode, 1 écosystème : le nouveau paradigme industriel est en marche ! Et pour longtemps.