Construire un plan de transformation de l’économie française compatible avec la crise écologique

Répondre aux enjeux de la transition écologique... Oui mais comment ? The Shift Project a engagé un travail de réflexion devant permettre une transformation systémique, cohérente et opérationnelle de l'économie française au sein des filières et des territoires pour répondre à la transition vers une économie bas-carbone.

« La crise du coronavirus nous a mis dos au mur. Elle nous rappelle l’humilité que nous devons garder face à la nature. L’urgence climatique est déjà là, pourquoi ne pas apprendre de nos erreurs et préparer l’avenir dès maintenant ?« 

Le constat du Shift Project est sans appel : la croissance, sur laquelle reposent toutes les politiques mises en œuvre jusqu’ici, risque de ne pas revenir en Europe avant longtemps. Et cette croissance n’a jamais fait autre chose que recourir aux énergies fossiles et tarissables, pétrole, gaz naturel, charbon, qui bouleversent déjà le climat et menacent les conditions de vie sur Terre.

Dans cette perspective, la nécessité de concevoir, débattre et mettre en œuvre une transformation de notre organisation sans miser sur le pari incertain et périlleux de la croissance apparait dès lors indispensable. Or les débats autour de la transition écologique se sont principalement focalisés jusqu’ici sur des montants d’investissements et des tuyaux de financement. Très peu sur l’objectif, quasiment jamais sur la méthode.

Pour répondre à cela, l’association propose de construire une proposition de “Plan de transformation de l’économie en faveur du climat et de la résilience”. Ce plan vise à la transformation des « activités essentielles (se nourrir, se loger, se déplacer, se soigner, travailler, comprendre, échanger), afin de les rendre saines et robustes » dans la perspective des temps de crises économiques et écologiques à venir.

Par ce Plan, le Shift souhaite mettre à disposition des décideurs politiques des propositions concrètes et chiffrées pour aider à planifier la transition. Ce plan permettra également aux Françaises et aux Français, quel que soit leur secteur d’activité, de se représenter concrètement leur place dans la transition.

C’est l’occasion de nous rassembler autour d’un projet fédérateur, celui de reconstruire un monde plus résilient et durable.

Une ambition : bâtir un plan de transformation cohérent, systémique et opérationnel de l’économie française

En France, le diagnostic de l’urgence écologique semble enfin unanime. Manque une thérapie efficace. Le problème posé n’est pas d’abord idéologique ou moral, il est pratique : systémique, physique, matériel.

Pour élaborer ce plan de transformation systémique et opérationnel de l’économie française le Shift Project prend le parti de :

  • Adopter une approche globale, systémique, et cohérente du point de vue des lois de la physique et de la technique, et des flux économiques : scientifiquement et techniquement objective ; 
  • Produire des propositions pragmatiques, opérables dès à présent, de façon à ouvrir un chemin de décarbonation réaliste tout en assurant leur cohérence au sein d’une transformation de long-terme ;
  • Exclure une approche reposant sur le pari de la croissance économique.

Répondre à la transition écologique en prenant en compte des paramètres stratégiques

Pour construire ce plan de transformation de l’économie française, plusieurs paramètres stratégiques permettront d’encadrer les travaux réalisés :

Climat et dépendance aux énergies fossiles : proposer une trajectoire cohérente avec une baisse des émissions de 4 % par an, nécessaire pour limiter le réchauffement à 2°C. 
Emploi et macroéconomie : décrire comment l’emploi sera affecté globalement, territorialement et par filière. Le Shift déterminera, en tendance, si ses propositions risquent d’aboutir à un PIB décroissant, croissant ou stable dans les années qui viennent. (Le paramètre PIB sera traité comme une résultante parmi d’autres, non comme une fin en soi, ce qui n’empêchera pas de tenir compte de boucles de rétroaction – en termes de revenus et de disponibilité de l’épargne, notamment.).
Résilience des catégories sociales : prise en compte du point de vue de différentes catégories sociales, qui seront affectées de façon différente, afin d’évaluer comment l’effort à fournir peut être justement réparti.
Résilience aux chocs exogènes : estimer si le plan est résilient à des troubles dans d’autres pays, ou encore à de nouvelles crises sanitaires majeures.
Biodiversité & écosystèmes : estimer qualitativement les impacts (positifs ou négatifs) de la mise en œuvre
du plan sur la biodiversité et sur les écosystèmes.
Ressources et usages de l’eau : décrire comment les usages de l’eau évolueront dans le cadre du plan, en lien notamment avec le changement climatique.

Proposer une approche multi sectorielle

Dans le cadre des travaux qui seront conduits, 15 secteurs d’activité seront étudiés en interdépendance les uns avec les autres à travers différentes dimensions :

  • Le fonctionnement d’un point de vue physique et matériel (nombre de bâtiments, distances parcourues, énergie utilisée, etc.),
  • Les vulnérabilités du secteur ;
  • Des mesures pour le rendre résilient et réduire son impact sur l’environnement.

En parallèle des préconisations concrètes, détaillées et chiffrées seront formulées pour conditionner le versement des aides publiques d’urgence à des mesures en faveur de l’environnement sérieuses pour les secteurs en difficultés comme l’automobile ou l’aéronautique.

Cette esquisse de plan de transformation s’articule ainsi autour de travaux concernant des secteurs amont, des secteurs aval et des axes de travail transversaux.

Secteur Amont

  • Industrie lourde, manufacturière, recyclage et déchets
  • Industrie automobile
  • Agriculture et alimentation
  • Forêt et bois
  • Énergie

Secteur Aval

  • Mobilité du quotidien
  • Mobilité longue distance
  • Fret
  • Logement individuel et collectif
  • Santé
  • Enseignement Supérieur et Recherche (ESR)
  • Usages numériques
  • Culture
  • Défense et sécurité intérieure
  • Administration publique

Axes transverses

  • Gouvernance du plan & qualité du débat démocratique
  • Épargne & finance
  • Gestion des « effets rebond »
  • Urbanisme

Schéma de représentation des différents secteurs d’activité et des usages qui seront considérés dans le plan de transformation (parmi d’autres secteurs), et des flux matériels et énergétiques qui les traversent.


Présentation des axes de travail « Secteur Amont »

Industrie lourde, manufacturière, recyclage et déchets

• Impulser un travail de cartographie des vulnérabilités physiques de chaque secteur, en collaboration avec les acteurs concernés
• Rebâtir une industrie de première transformation résiliente : décarbonation des infrastructures et des procédés, réduction des productions de matériaux – en accord avec la trajectoire sur les émissions – et optimisation de leur usage
• Rebâtir une production manufacturière résiliente et cohé- rente avec la transition : conception plus sobre et maximisant la durabilité, développement de filières de réutilisation, répa- ration, reconditionnement et recyclage

Industrie automobile

• Développer et produire des véhicules sobres, thermiques et électriques : voiture thermique 2L/100 km, voitures électriques de faible consommation et faible masse, vélos électriques
• Réduire l’empreinte carbone de la fabrication et de la fin de vie
• Développer de nouvelles activités productives et de service face à la réduction de la place des véhicules particuliers : co- voiturage, services autour des cycles et deux-roues

Agriculture et alimentation

• Construire des systèmes alimentaires s’affranchissant progressivement des combustibles fossiles (moins d’intrants de synthèse, chaines logistiques moins longues, plus d’étapes de transformation à la ferme, moins de spécialisation des régions ou des intermédiaires) : prise en compte de toute la chaine de valeur, compromis entre spécialisation / productivité et autonomie / résilience
• Changer profondément les systèmes agricoles et les assiettes : transition massive vers l’agroécologie, priorité à la qualité sur la quantité pour l’élevage
• Exploration des possibilités de multiplier par trois le nombre d’actifs agricoles en une génération

Forêt et bois

• Augmenter la part des produits bois dans la construction et la rénovation, ce qui s’accompagne de restructurations de la filière pour donner la priorité au bois d’œuvre
• Dresser le bilan des potentiels de séquestration de carbone dans les forêts, prairies et sols agricoles

Énergie

• Assurer le bouclage offre-demande de notre exercice, par vecteur énergétique, en répondant aux besoins en énergie de tous les secteurs en transition
• Assurer en particulier le bouclage réaliste de la décarbonation des vecteurs énergétiques liquides et gazeux : biocarburants en adéquation avec le gisement réel en biomasse, biogaz, hydrogène, power-to-gas, CCS, CCU
• Assurer la sécurité d’approvisionnement

Présentation des axes de travail « Secteur Aval»

Mobilité du quotidien

• Réduire le nombre de kilomètres parcourus : urbanisme, télé-travail, livraisons efficaces
• Induire un report vers des modes moins carbonés et mieux remplis : marche, vélo, transports en commun, covoiturage, par des infrastructures adaptées
• Améliorer les véhicules et leurs carburants : plus sobres, plus légers, plus aérodynamiques ; électrification du parc automobile ; motorisations alternatives pour les transports en commun routiers
• Accompagner le changement de comportements et promouvoir une vision désirable de la mobilité décarbonée : politiques de publicité, gouvernance territoriale de la mobilité

Mobilité longue distance

• Réduire le nombre de kilomètres parcourus : téléconférences, voyager autrement, outils de réduction de la mobilité carbonée, notamment aérienne
• Développer massivement l’usage du train par un report modal depuis la voiture et l’aérien : infrastructure et exploitation ferroviaire
• Adapter l’usage des voitures et des avions : réduction des vitesses des voitures, voies de covoiturage sur autoroute ; diminution du nombre de classes supérieures de voyage en avion
• Améliorer l’efficacité énergétique des véhicules : renouvellement des flottes d’avions, turbopropulseurs pour vols courts, planification de l’avion à 2050

Fret

• Diminuer le nombre de tonnes.km transportées (moins de tonnes, moins de km) : découlera des choix dans l’industrie
• Planifier le report vers les modes de transport les moins carbonés : infrastructures rail et fluvial, électrification des autoroutes, évolution des taxes sur l’exploitation de chaque infrastructure, et des règles d’exploitation
• Minimiser le contenu carbone de par tonne.km : changement de vecteur énergétique, en cohérence avec les infrastructures énergétiques, taux de remplissage des camions, éco-conduite, vitesse sur la route.
• Repenser la logistique du dernier kilomètre : gouvernance au niveau de l’agglomération, possibilité de gestion par un monopole public (comme ce qui peut exister pour la distribution d’eau)
• Faciliter et accompagner la transition du secteur : information carbone, planification logistique au niveau régional, accompagnement de l’emploi

Logement individuel et collectif

• Généraliser la sobriété pour les constructions neuves : freiner et stopper la construction de maisons individuelles hors démolition reconstruction, rediriger les compétences vers la rénovation
• Massifier la rénovation globale performante et résilience : structurer une filière de rénovation (offres intégratrices, formation, financement, révisions réglementaires pour le collectif)
• Décarboner la production de chaleur : biomasse, pompes à chaleur
• Mobiliser le bâtiment en tant que puits de carbone : multiplication par 2 de l’usage du bois dans la construction et surtout la rénovation

Santé

• Renforcer la résilience en cas de crise ou de rupture d’approvisionnement logistique : localisation des services de santé, chaines d’approvisionnement, souveraineté numérique des outils de gestion…
• Décarboner et atténuer la dépendance pétrolière et matérielle de son infrastructure, ses équipements, ses approvisionnements et ses usages
• Former, sensibiliser, lier éthique médicale et contrainte environnementale

Enseignement Supérieur et Recherche (ESR)

• Mettre la recherche au service de la transition : réorientation des programmes et des financements vers des innovations au service de la transition, maintien de la recherche de base
• Adapter l’enseignement à la transition : former tous les étudiants à la compréhension des enjeux énergie-climat, former les professionnels de la transformation de l’économie
• Décarboner les infrastructures et les biens et services (transport, rénovation, mobilité, alimentation)

Usages numériques

• Construire un plan de sobriété numérique : objectifs macroscopiques de développement du numérique tenant compte de ses impacts environnementaux dans un plan national ou européen, décliné par acteur et territoire
• Piloter le développement d’un système d’usages sobres : penser les usages pour rester dans le cadre de ces objectifs macroscopiques
• Piloter la construction de territoires « intelligents » et résilients, plutôt que seulement connectés : penser l’usage de la technologie numérique dans les projets de territoire, et dans les politiques d’achats numériques, tenant compte des impacts environnementaux du numérique

Culture

• Décarboner les infrastructures, les biens et les services (transport, rénovation, mobilité, alimentation, etc. du secteur de la culture)
• Former tous les professionnels de la culture aux enjeux énergie, climat, et résilience
• Faire de la culture un acteur moteur de la sobriété numérique (exigence de transparence énergétique des acteurs du numérique)

Défense et sécurité intérieure

• Décarboner les infrastructures et les services : décarbonation des déplacements et moyens de transports des hommes et du matériel, alimentation plus soutenable…
• Réduire la dépendance aux ressources limitées : commande et rédaction des cahiers des charges de matériel militaire intégrant les enjeux de ressources critiques, pratiques d’entrainement moins carbonées


The Shift Project est un think tank qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone. Association loi 1901 reconnue d’intérêt général et guidée par l’exigence de la rigueur scientifique, sa mission est d’éclairer et d’influencer le débat sur la transition énergétique en Europe. Ses membres sont de grandes entreprises qui veulent faire de la transition

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