Innover dans la mobilité : le dire c’est bien, le FAIR c’est mieux !

Et si nous repensions une certaine conception de la mobilité en privilégiant l'innovation dans nos comportements ? La crise nous offre l'opportunité de repenser notre approche de la mobilité plus respectueuse des travailleurs, de l'environnement et des territoires.

Nombreux sont les articles à relayer les résultats des sondages réalisés pendant la période de confinement. Plusieurs tendances se dégagent et convergent vers une aspiration très forte à ce que le monde de demain ne soit pas identique au monde d’hier. Il est difficile à ce jour d’estimer l’importance des changements qui vont s’opérer mais nous pouvons assurément affirmer qu’une attente est née à l’occasion de cette crise du Covid 19.

Réaction utopique à une angoisse passagère, parenthèse rêveuse dans une vie subie ?

Dans plusieurs domaines, et notamment celui de la mobilité, les prises de conscience quant à l’urgence d’adopter une nouvelle façon de faire étaient déjà naissantes, intégrant les enjeux liés aux dérèglements climatiques.

La crise du COVID 19 a mis en lumière cette nécessité de repenser une certaine conception de la mobilité.

Toujours, les velléités de changement se sont heurtées à des phénomènes de résistances. A titre d’exemple, en 1899, le Français Pierre Giffard publie La Fin du cheval, un livre illustré par Albert Robida, dans lequel il défend la thèse du remplacement du cheval par la bicyclette et l’automobile. En 1920, la traction équestre est alors à son apogée avant d’être progressivement et définitivement remplacée trois décennies plus tard dans les années 30… La raison ? Il semble qu’une pandémie de peste équine ait définitivement fait basculer les usages au profit de la traction moteur : une solution innovante n’offrant que des avantages au regard du contexte de cette crise sanitaire.

Ironie de l’histoire, est-ce de nouveau à cause ou plutôt grâce à un virus que nous allons devoir repenser notre façon de nous déplacer ?

Repenser la mobilité au profit d’une innovation comportementale

L’Homme a toujours cherché à se déplacer de plus en plus vite et de plus en plus loin.

De l’arrivée des premières automobiles jusqu’aux récentes annonces d’Airbus et la mise en service de ses navettes autonomes volantes[1], l’objectif a toujours été de « mouvoir » les individus et les marchandises en cherchant un certain équilibre entre : rapidité, fiabilité, efficacité, robustesse, accessibilité…et depuis peu, sobriété.

Inutile de relayer les résultats des études sur les conséquences des mobilités en matière de consommation d’énergie, de pollution et assurément, du fait des embouteillages, de fatigue et de pertes de temps… Une situation paradoxale alors même que les innovations en matière de moyen de transport étaient sensées nous faire gagner du temps ! Un enjeu renforcé à l’heure des enjeux de réduction de l’empreinte écologique et de l’impact du budget transport sur les ménages.

Les deux mois de confinement, nous ont rappelé à quel point il était possible – et souhaitable – de repenser la mobilité non pas en cherchant du côté du moyen de locomotion employé (Innovation technologique) mais bien plus en questionnant la motivation de la mobilité (Innovation comportementale).

Cette approche serait ainsi susceptible de générer plusieurs externalités très positives pour notre société :

  • Réduire les phénomènes de congestion et donc contribuer à réduire l’impact environnemental des transports ;
  • Améliorer la qualité de vie des travailleurs en réduisant les « temps perdus » au profit d’un meilleur équilibre personnel et d’économies budgétaires ;
  • Optimiser la charge que représente l’immobilier d’entreprise pour les entreprises autour d’un usage rendu réellement « intelligent » ;
  • Contribuer à un meilleur maillage territorial à travers une moindre concentration des populations ;

Si tu ne viens pas au travail, c’est le travail qui ira à toi ! 

L’une des principales motivations au déplacement est celle inhérente à l’activité professionnelle. A commencer par les actifs qui chaque jour doivent se rendre sur leur lieu de travail ou à la rencontre d’autres personnes.

Historiquement, au début du XXe siècle, dans une économie industrielle et agricole, les ouvriers étaient logés au plus près des centres de production. La démocratisation de l’automobile dans les années 50 et la croissance des activités tertiaires, concentrées dans les villes ont eu pour conséquence un éloignement des actifs et une périurbanisation qui s’est étendue jusqu’aux campagnes du fait d’une pression immobilière accrue, ces dernières étant délaissées à la suite de l’exode rural.

Ainsi, jusqu’en mars 2020, il ne se passait pas une semaine sans qu’un article ne relaye les records d’embouteillage ou de pollution aux abords des agglomérations liés à ces déplacements pendulaires.

Les solutions envisagées par les acteurs publics étaient, pour les uns, très conservatrices (élargissement des rocades dont les résultats sont aussi efficaces que le desserrement du ceinturon pour une personne obèse qui a du mal à respirer), pour les autres, plus technologiques (véhicule électrique, navette autonome…) voire plus solidaire (covoiturage) mais bien souvent très urbaines (transport en commun, politique vélo…) et donc inadaptées aux déplacements pendulaires.

Téléphones, emails, visioconférences, plateformes de travail collaboratives… Alors que le numérique et la digitalisation de notre économie, aux 2/3 devenue tertiaire, facilitent le travail à distance pour de nombreux actifs, il apparaît de plus en plus facile de faire venir le travail à soi plutôt que de s’y rendre.

Les déplacements les moins coûteux, les moins polluants, les moins fatigants et assurément les plus rapides sont ceux que l’on ne subit pas

Cette approche dite de « Bon Sens Paysan » est le point de départ d’une nouvelle façon d’aborder sa mobilité. A ce titre, le télétravail amorcé timidement depuis les années 90 et dont la pratique était en hausse depuis l’ordonnance Macron de 2018 s’est imposé durant la période de confinement. Soit là encore, après 30 ans de gestation.

Bien qu’effectué en mode dégradé, car sans préparation et dans des configurations d’habitat non adaptées, cette nouvelle organisation du travail devrait avoir de multiples conséquences simplement listées à ce stade :

  • Maintien de la pratique du télétravail – pas à 100 % et probablement dans les tiers lieux d’activité / espace coworking – dans des proportions qui devraient atteindre les 50 % des actifs d’ici 2025 (chiffre par ailleurs évoqué dans un ouvrage écrit dans les années 80 et intitulé 2100 Récit du prochain Siècle). Le Groupe PSA vient d’annoncer que le télétravail serait à présent la règle de base au sein de l’entreprise.
  • Accentuation de l’Exode Urbain motivé par la nécessité de disposer d’un habitat plus résilient au risque de nouvelles parenthèses de confinement ou aux conséquences du dérèglement climatique (canicules notamment). Un passage à l’acte facilité par la possibilité de s’affranchir du fait de devoir démissionner grâce à un recours renforcé de la pratique du télétravail
  • Réduction sensible des surfaces de bureaux dans les grandes villes (estimée à 50 %) et ce d’autant plus que ces derniers étaient déjà sous-occupés et surtout vétustes : 50 % de l’immobilier tertiaire en Île-de-France a plus de trente ans, même si une partie du parc a pu faire l’objet de restructuration. On estime à plus de 7 millions de mètres carrés le potentiel de bureaux devant subir une rénovation d’ici 2030[2].

Ce rééquilibrage des territoires au profit des zones de plus faible densité, et notamment les campagnes, devrait permettre à de nombreux habitants de redevenir des vivants de leurs villages et ainsi faire revivre les commerces de centre-ville.

Une qualité de vie que de nombreux citoyens, coincés aussi bien dans les schémas traditionnels d’organisation du travail, que dans les transports, aspiraient à vivre.

Comme tout crise, celle du COVID 19 génère de nombreuses souffrances, et encore beaucoup d’inquiétudes.

Pour autant est-ce réellement un retour à la NORMALE, qu’il faut espérer ? Une vie de demain comme si rien ne s’était passé ? Ou au contraire profiter de ce Momentum pour promouvoir une société plus équilibrée, plus soucieuse des travailleurs, des territoires et de l’environnement ?

La crise nous offre le choix de réinventer notre approche de la mobilité en innovant sur nos comportements et en privilégiant les mobilités douces. A l’instar du cheval et de la traction automobile, l’avenir nous dira si nous sommes définitivement entrés dans l’ère d’une mobilité plus juste et plus équilibrée.


[1] https://www.lefigaro.fr/societes/ratp-et-airbus-veulent-faire-voler-les-parisiens-dans-des-navettes-autonomes-20190515

[2] https://www-leblogpatrimoine-com.cdn.ampproject.org/c/s/www.leblogpatrimoine.com/immobilier/scpi/le-teletravail-un-tsunami-qui-va-bouleverser-limmobilier-de-bureaux-et-linvestissement-en-scpi.html/amp